Face à un cancer, l'alimentation cesse d'être un simple plaisir, elle devient un allié thérapeutique à part entière. Le maintien d'un bon état nutritionnel améliore la tolérance aux traitements oncologiques ainsi que la qualité de vie. Si bien que la prise en charge nutritionnelle fait désormais partie intégrante des soins.
Les Echos d'Elle a contacté une équipe médicale du centre cancérologique Antoine Lacassagne de Nice, pour en savoir plus sur les comportements alimentaires indiqués ou contre-indiqués pendant la prise en charge médicale des patients atteints de cancer. « La première chose que je dis à mes patientes, c'est qu'il n'y a pas de mauvaise alimentation pendant une chimiothérapie, il n'y a que celle qui passe. » Le docteur Ludovic Levi, oncologue et spécialiste du pancréas, désamorce d'emblée la culpabilité qui s'installe souvent chez les femmes en traitement, tiraillées entre l'envie de bien faire et un corps qui, soudain, rejette ce qu'il réclamait la veille avec entrain.
L'alimentation est souvent le premier bouleversement. Le goût change, l'appétit disparaît, certaines odeurs deviennent soudain hostiles. « Mangez ce qui passe, quand ça passe », résume Quentin Fetre, infirmier en oncologie depuis douze ans. « Une femme qui grignote cinq fois par jour se porte souvent mieux que celle qui s'impose trois repas dressés », ajoute-t-il.
Le mieux est de fractionner les repas en privilégiant les protéines, œufs, poisson, haricots ou pois chiches, pour préserver les forces et entretenir la masse musculaire. Il est important de ne pas culpabiliser si le sucré ou le gras reprennent temporairement une place dans l'assiette. « Le foie et le système digestif encaissent déjà beaucoup », précise le docteur Joëlle Marie, gastro-entérologue et hépatologue. « Ce n'est vraiment pas le moment d'ajouter la tyrannie d'un régime. C'est le moment de nourrir un corps qui se bat, au lieu de lui compliquer la vie avec un comptage de calories », assure-t-il.
Lorsque la bouche devient sensible, soupes, purées et bouillons prennent le relais du solide. Si les fruits sont conseillés, le pamplemousse quant à lui doit être écarté car il peut interagir avec certaines chimiothérapies. L'entourage a aussi son rôle, rappelle le docteur Marie : « Insister pour qu'une patiente termine son assiette est contre-productif, on n'est pas à l'armée. Mieux vaut proposer souvent, sans jamais forcer. » La délicatesse des proches est une méthode efficace.
Reprendre, sans se presser
Lorsque le traitement s'achève, et avec lui l'envie de tourner la page, l'écoute du corps impose un rythme lent et progressif. « Trop souvent, beaucoup veulent immédiatement « réparer » ce que la maladie a abîmé et se précipitent sur une cure de détox déniché en ligne », observe l'infirmier. « Je les invite plutôt à la patience. Le corps a traversé une tempête, il n'a pas besoin d'une agression en plus. »
Le Dr Lévi précise qu'aucun régime miracle ne protège d'une récidive, quoi qu'en disent certains sites internet. La meilleure boussole reste la plus simple. Par exemple des repas variés, des fruits et légumes, des féculents, des protéines. Ce retour n'a pas de calendrier fixe. Quentin Fetre observe souvent ce moment charnière : « On sent qu'une patiente va mieux quand elle recommence à critiquer les plats qu'on lui propose. C'est un signe qui ne trompe pas. »
Dans tous les cas, un accompagnement diététique reste précieux pour retrouver, sans brutalité, le chemin d'une alimentation apaisée. C'est le témoignage du retour à la vie.