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Après la mastectomie, le regard de l'autre

Après la mastectomie, le regard de l'autre

Il est des opérations qui emportent davantage qu'une partie du corps. Elles déplacent les repères et obligent parfois un couple à se redécouvrir. La mastectomie est de celles-là.

Après l'annonce du cancer, les traitements, l'attente et la peur, vient un moment plus intime, presque invisible, celui d'un homme qui retrouve sa femme avec un corps transformé. Et une question s'impose : comment va-t-il me regarder désormais ? Derrière cette interrogation se cache bien plus qu'un sein disparu. Il y a la féminité, le désir, la peur du rejet et cette inquiétude rarement formulée : suis-je encore la même à ses yeux ?

Pour moi, pourtant, la première émotion n'est pas le rejet. C'est souvent le soulagement. Elle est là. Après des mois passés à craindre la maladie, l'absence d'un sein devient secondaire face à la vie de ma femme.

Le problème est que nous les hommes parlons peu de ce que nous ressentons. Face à une cicatrice, certains ne savent pas comment agir. Ils hésitent à regarder, à toucher, à manifester leur désir. Non parce que nous l'aimons moins, mais parce que nous craignons de faire mal. C'est alors que le malentendu s'installe.

Elle pense que je détourne le regard parce que je ne la trouve plus désirable. Moi, je pense que je respecte sa fragilité. Elle attend un geste pour être rassurée. Moi, j'attends un signe pour savoir que je peux encore m'approcher. Et le silence finit par dire ce que personne ne pense réellement.

Il faudrait pouvoir rappeler aux hommes une chose simple : après une mastectomie, une femme n'attend pas toujours un grand discours. Parfois, un regard qui ne fuit pas, une main posée naturellement, une caresse sans gêne ou un compliment sincère valent davantage. Le geste rassure souvent là où les mots échouent, ce qui est principalement le défaut chez nous les hommes.

Malheureusement le regard le plus sévère n'est pas toujours celui de l'homme. Très souvent c'est celui que la femme porte sur elle-même. Certaines se sentent moins belles avant même que l'homme ait montré la moindre distance. Elles évitent leur reflet, se couvrent davantage, refusent parfois que l'on touche leur cicatrice. Alors chaque geste de l'autre est interprété et devient une preuve qu'il ne la désire plus.

Une preuve qu'elle a changé. Une preuve qu'elle n'est plus tout à fait femme. Or ces certitudes naissent parfois davantage de la peur que de la réalité.

Après une mastectomie, l'intimité ne reprend pas toujours là où elle s'était arrêtée.

La douleur, les traitements, la baisse de la libido ou la perte de la sensibilité obligent parfois le couple à ralentir. À se toucher autrement, à revenir aux caresses, à retrouver la proximité avant de retrouver la sexualité.

Autrement dit : refaire connaissance. Le corps, que l'on croyait familier, devient un territoire à redécouvrir.

Un homme voit l'absence d'un sein. Faire semblant de ne pas la voir serait absurde. Mais voir n'est pas rejeter. Avec le temps, la cicatrice peut changer de signification. Elle n'est plus seulement la marque de ce qui manque. Elle devient aussi celle de l'épreuve traversée, du combat mené et de la vie préservée. L'homme ne regarde alors plus seulement ce qui a disparu. Il regarde celle qui est encore là...

Sa femme !

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