Bouger, transpirer, respirer :
au-delà de la forme physique, le sport devient un chemin in- time de reconquête de soi et
Id’émancipation chez de plus
en plus de femmes.
l est sept heures du matin. Libre- ville se réveille timidement, tan- dis que le soleil hésite encore à se montrer, se cachant presque der-
rière les nuages. Au bord de la plage du lycée Léon Mba, la fraîcheur de la nuit habite encore le sable. C’est dans ce mélange que se fondent quelques rires et salutations afin de marquer non pas le début d’une séance, mais celui d’un nouveau mode de vie.
Elles arrivent tantôt à pied, tantôt en voiture, par petits groupes ou seules. Elles sont entrepreneures, étudiantes, fonctionnaires, commer- çantes, etc. Ces femmes viennent de quartiers différents, de réalités sociales différentes. Mais en séance de Fit’Dance, les statuts s’effacent. Il n’y a plus que des femmes en mou- vement et heureuses d’être là, en- semble.
Autour du ventre, une ceinture
amincissante. Certaines nouent leurs lacets puis étirent leur corps, toutes souriantes. Ici, pas de murs, seulement l’océan, le ciel et les corps qui s’éveillent : la liberté.
Toutes sont là quasiment pour la même raison : se retrouver et faire le vide. «Le sport devient un lieu d’émo- tion où les femmes déchargent le «trop-plein». Je reçois très souvent dans mes coachings fitness des femmes qui arrivent chargées, fati- guées, stressées... qui broient du noir et repartent plus légères, parfois plus souriantes sans savoir pour- quoi. Pour moi, bouger le corps, c’est souvent la première étape pour dé- bloquer ce que la tête retient trop souvent», déclare Elodie Kandha Ma ganga, coach de Fit’Dance.
Point de vue que partage Pre- mier Mihindou, psychothérapeute et psychologue : « Le sport aide les femmes à lutter efficacement contre le stress, les épisodes d’anxié- té, les symptômes liés à une dépres- sion et autres maladies. »
Au centre du cercle, Élodie lance la musique. Un répertoire extraordi- naire qui mélange rythmes africains, afrobeatetsonsurbains.Uncocktail harmonieux qui, après avoir stimulé l’ouïe encore endormie un matin de week-end, illumine les visages et déclenche des sourires. Le corps suit presque instinctivement. Le fitness rencontre la danse. La rigueur épouse le plaisir. «Le sport n’est pas qu’une simple activité physique, c’est aussi un outil thérapeutique qui peut aider efficacement des femmes en crise à se reconstruire, à se réapproprier leur corps en tant que symbole, à pouvoir s’affirmer so- cialement et à trouver un équilibre psychique entre les différentes ac- tivités quotidiennes... », confirme le psychologue et psychothérapeute. « Le sport rend une femme libre à partir du moment où elle reprend le pouvoir sur son corps. Quand une femme bouge, transpire, elle ne subit plus son corps : elle prend le contrôle sur lui. », renchérit Élodie. Élodie observe, avec l’expérience, une différence de motivation selon les objectifs des unes et des autres. L’une d’elles veut simplement «changer son corps». « Celles qui viennent pour «changer leur corps» arrivent souvent avec de la pression, de la comparaison, parfois même de la culpabilité. Parce qu’elles veulent un type de morphologie. Celles qui viennent pour «se sentir mieux» tiennent plus longtemps. Parce qu’elles vivent une transfor- mation de l’intérieur vers l’extérieur », confie la coach.
Ici, la plage du lycée Mba devient un sanctuaire, un lieu d’expression de sa liberté. Lieu qui aide à se libérer des regards en les affrontant ou en les ignorant. Après un enchaînement intensif de cinq minutes, les muscles tremblent encore et les respirations se calment. Les visages s’illuminent. Certaines retirent leur K-Way, ins- pirent et expirent très fort en scru- tant du regard l’horizon. «Je me sens bien. Je peux bouger comme je veux avec mes bourrelets sans être moquée. Depuis que je pratique le fitness à l’air libre chaque week-end, je me sens mieux dans mon corps. Je me sens au bon endroit », confie Thècle.