Parole de forêt, lumière du futur, le film «Afrotopia», du réalisateur David Mboussou est un chef d’œuvre. Il est rare qu’un film cristallise autant d’émotions, suscite autant de réflexions et in carne un désir de renaissance artistique. Présenté en avant-première le jeudi 27 novembre 2025 à l’Institut Français de Libreville, devant un public attentif, ce long métrage a marqué tant par son audace narrative que par sa sincérité identitaire.
Réalisé, interprété et produit entièrement par des Gabonais, le film «Afrotopia» donne corps et voix à des figures emblématiques du cinéma gabonais. En effet, le casting trahit l’ambition “nationaliste” du projet en réunissant sur le même plateau Jean Claude M’paka, Marcel Sandja, Michel Ndaot, Dominique Douma et Marie-Michelle Zwank, visages totémiques. Ces monstres sacrés passent symboliquement le relai à la jeune génération à travers une mise en avant généreuse dont témoigne la centralité de leurs personnages. Il s’agit de Tiss Warren Mombo, dans le rôle d’Ézéchiel et Gaddielle Nfono Mintsa, dans le rôle de Mavikana. Par ce choix résolument idéologique, le réalisateur affirme avec force qu’une parole artistique locale peut émerger.

Enracinée, lucide et talentueuse. À travers Ezéchiel, porteur d’une quête à la fois intime et collective, Afrotopia interroge : peut-on rêver un avenir sans renier notre essence? Le film nous plonge dans une tension opposant l’esprit de la forêt avec ses gardiens, ses forces et ses rituels à la brutalité d’un monde moderne obsédé par l’argent. Cette opposition ouvre une réflexion plus vaste sur l’avenir du Gabon, pris entre la mémoire de ses racines et les promesses (souvent trompeuses) du développement à marche forcée. Le film met en scène la fracture, mais aussi l’espoir d’une synthèse entre enracinement et projection.
«La grande force de Afrotopia» réside aussi dans sa structure formelle. Les plans sont composés comme des tableaux où la lumière épouse la densité de la forêt. L’obscurité devient langage. Le silence y est musical. Et justement, la musique, composée avec finesse, une bande-son mêlant chants traditionnels, silences habités et tex tures électroniques, crée un dia logue subtil entre passé et présent. Elle tisse une toile sonore à la fois envoûtante et organique. C’est le lieu de la vibration du film. D’ailleurs, à la fin de la séance, un moment d’émotion pure a saisi la salle. Une ovation dédiée au compositeur du film récemment décédé. Le public a salué son œuvre comme un dernier chant d’amour au pays.
La projection devenait une cérémonie. Par son titre, le film entre en résonance directe avec la pensée de Felwine Sarr, dont l’essai Afrotopia (2016) exposait déjà le projet d’un continent qui invente ses propres modèles. Il invite à se ré approprier les imaginaires africains afin de créer des récits affranchis et concevoir l’avenir. Opportunément, «Afrotopia» le film formule une utopie active, faisant de l’art, un levier de transformation sociale et un acte de résistance. Afrotopia c’est le Gabon en marche.