Il est 5h30 à Libreville. L’aube pointe à peine, la ville s’étire lentement. Alors que beaucoup dorment encore, Syntia, au volant de son « taxi blanc », a déjà commencé sa journée. Pourtant rien ne le présageait.
Dans son rétroviseur, une longue période d’oisiveté et « le poids du chômage, surtout du point de vue psychologique, devenait de moins en moins supportable. C’est au creux de cette vague que le projet TaxiGab m’est apparu. Une opportunité. » Contrainte par les circonstances, elle a osé le taxi. « À ceux qui me demandent pourquoi le taxi, je réponds simplement et pourquoi pas ? » Un pari loin d’être évident pour une femme.
L’univers routier est un bastion masculin. « Je sais que mon métier n’est pas vraiment pris au sérieux. Il est même minimisé », confie-t-elle, l’air détaché. Mais Syntia, elle, ne se laisse pas dérouter par le regard des autres. Elle avance, droite dans ses bottes, avec une assurance qui force le respect. Une assurance forgée sur le bitume, aux côtés d’un mari exigeant : « Avec lui, c’était toujours un rythme militaire : “Recommence ! Sois attentive ! Vas vite !” » se souvient-elle au milieu d’un éclat de rire. La route n’est pas tendre à l’égard des femmes. Au contraire. Il y sévit une forme particulière de violence liée au genre. « Il y a des hommes qui me disent : “Qu’est-ce que tu fais dans la voiture ? Va à la cuisine !” »
Mais Syntia n’est pas de celles qui baissent les yeux. Elle rétorque : « occupez-vous de ce que font vos épouses, si vous en avez ! Moi, je ne me fiche pas de ce que vous pensez. » Elle incarne cette résistance face au sexisme ordinaire, mais aussi face à la violence. Un jour, un automobiliste agressif descend de son 4x4 pour l’intimider. Sa réaction est immédiate et sans détour : « J’ai foncé sur lui, il a fui et je l’ai suivi. Je me suis dit à ce moment-là qu’il ne refera plus jamais ça à une femme. » Pour elle, c’est une question de principe et de survie, consciente que d’autres collègues ont été agressées, leurs plaintes souvent laissées sans suite. Pourtant, derrière cette carapace de guerrière urbaine, Syntia a trouvé bien plus qu’un simple gagne-pain. Elle a trouvé sa voie. « La conduite n’était pas mon premier choix de carrière. Aujourd’hui je sais que c’est ma passion. » Ce métier exigeant l’a « sauvée moralement », lui offrant une indépendance financière inespérée : « En moins de deux mois à TaxiGab, j’ai économisé une somme conséquente… Je peux dire humblement que je m’en sors très bien. »
L’oisive d’hier se lève désormais à 4 h du matin pour conduire fièrement « mes abonnés matinaux pendant que ceux qui me traitaient de fainéante dorment encore ». Son constat est sans appel : « On nous a fait croire que le métier de taxi n’était pas rentable. C’est un mensonge ». Chaque jour, au volant de sa voi ture, Syntia avance. Traçant sa route avec confiance et sérénité, elle invite d’autres femmes à oser le volant.